La Chine redevient le principal sujet d’inquiétude
La reprise du luxe européen qu’espéraient les marchés ne se concrétise pas. La faiblesse de la demande en Chine, un marché clé pour les grandes maisons, s’ajoute à des résultats d’entreprises qui n’ont pas répondu aux attentes et a conduit les investisseurs à revoir à la baisse la croissance qu’ils peuvent attendre du secteur.
Selon les chiffres rassemblés par Modaes à partir de Reuters, les dix principales entreprises européennes cotées du secteur ont perdu environ 300 milliards d’euros de capitalisation boursière depuis le début de 2026. La baisse touche des groupes comme LVMH, Kering, Hermès et Richemont, malgré des différences entre les entreprises et les catégories.
La Chine pèse en raison de son importance pour les ventes de marques comme Louis Vuitton et Dior, mais aussi du rôle qu’ont joué pendant des années la consommation chinoise et les achats des touristes asiatiques dans l’expansion du secteur. La confiance des consommateurs, les difficultés économiques et la crise immobilière ont affaibli cet élan. Les articles consultés décrivent une demande qui n’a toujours pas retrouvé le rythme attendu ; ils ne permettent pas d’attribuer toute la baisse des valeurs boursières à un seul facteur.
Les résultats ravivent les doutes sur la croissance
Le dernier déclencheur évoqué dans les articles a été la mise à jour de LVMH. Au troisième trimestre, le groupe a enregistré un chiffre d’affaires de 18 504 millions d’euros, en hausse de 1,22 % en données publiées et de 1 % en croissance organique. Dans sa division mode et maroquinerie, le chiffre d’affaires a reculé de 2,96 %, à 8 245 millions d’euros ; le recul organique s’est établi à 5 %. Cette évolution a été inférieure aux attentes du marché, selon Modaes.
Chez Kering, propriétaire de Gucci, les ventes de la marque ont baissé de 6 % au troisième trimestre, selon Cinco Días. L’action du groupe a perdu 16,6 % en une séance, sa plus forte baisse journalière depuis son entrée en Bourse, d’après ce média. Le résultat reflète à la fois la faiblesse commerciale de Gucci et l’inquiétude des investisseurs quant à la capacité du groupe à renouer avec la croissance.
Hermès a également affiché une progression plus lente que prévu par le marché : ses ventes ont augmenté de 5,5 %, à 4 096 millions d’euros fin septembre, mais la demande en Asie a été inférieure aux prévisions, selon Cinco Días. La baisse de son cours après la publication des résultats illustre le fait que, dans le contexte actuel, même les entreprises dont les performances opérationnelles résistent mieux peuvent être touchées lorsque leur croissance déçoit.
Un changement d’attentes, pas seulement une correction des cours
Pendant des années, les investisseurs ont compté sur la capacité des marques de luxe à maintenir des marges élevées et à accroître leurs revenus, même en période d’incertitude. Les hausses de prix ont contribué à cette croissance, tout en rendant les produits moins accessibles. Désormais, le marché s’intéresse davantage à la capacité de la demande à se maintenir et au degré de dépendance de chaque groupe à l’égard de la Chine et de certaines catégories de produits.
Les priorités de certains consommateurs fortunés évoluent également : Cinco Días indique que les dépenses consacrées aux voyages et aux loisirs haut de gamme progressent par rapport aux achats d’articles de luxe. Cette observation aide à comprendre le défi auquel les marques sont confrontées, mais les sources ne chiffrent pas la part de ce changement dans les ventes actuelles.
La pression boursière n’est pas non plus uniforme. Modaes souligne la résistance relative de Richemont, groupe spécialisé dans la joaillerie et l’horlogerie, par rapport aux segments davantage exposés à la faiblesse de la mode et de la maroquinerie. Cette différence rappelle que les résultats du secteur dépendent de la composition des marques, des produits et des marchés propres à chaque entreprise ; il ne suffit pas de considérer le luxe comme un ensemble homogène.
Pour les entreprises du secteur, la situation met en lumière leur dépendance à l’égard de certains marchés, l’évolution de leurs principales marques et leur capacité à adapter l’offre aux changements des dépenses. Pour les investisseurs, la perte de valeur boursière renseigne sur les attentes et les cours du marché ; elle ne mesure pas directement l’activité de chaque groupe et ne garantit rien quant à son évolution future. Les articles disponibles décrivent une dégradation généralisée et une reprise incertaine, mais ne permettent pas de prévoir quand la tendance changera.